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Covid 19 I Dans les coulisses de la crise Covid à l'IMP de Ethe

L'Institut Médico-Pédagogique de Ethe accueille en internat thérapeutique des jeunes scolarisés, garçons et filles, de 5 à 15 ans. Comme l'explique Pierre LOY, son Directeur : « Notre principale caractéristique, et difficulté dans le cadre de la crise sanitaire du Covid, réside dan s le fait que nous sommes un service en continu, c'est-à-dire qu'il travaille 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365. Et cela peu importe les circonstances, les crises et tout ce qui peut se passer. Nous sommes obligés de rester ouvert, d'accueillir les enfants et d'assurer le service. Nous avons des enfants chez nous à demeure et ne rentrent jamais dans leur milieu familial. Il faut aussi savoir que nous travaillons avec des services mandatés comme les Services de Protection Judiciaire (SPJ) ou d'Aide à le Jeunesse (SAJ). Chaque décision prise découle d'une concertation avec tous les intervenants. » Qu'en a-t-il été lors des deux vagues ?

La première vague : « 14 semaines sans retour dans le milieu familial ! »

« Quand nous avons appris que le confinement était imposé, notre première décision a été de dire que nous allions poser un choix pour chaque jeune et décider s'il allait être confiné au sein de notre Service Résidentiel pour Jeunes de Ethe ou dans sa famille. Et une fois ce choix posé, qu'il serait définitif... ou quasi. Que nous n'accepterions un retour du milieu familial dans le service qu'avec une raison très très très valable ! Pour chaque jeune l'équipe a pris contact avec sa famille et les services mandants pour prendre une décision individuelle correspondant à sa situation. Ainsi, nous avons eu 12 jeunes confinés à l'IMP de Ethe jusqu'en juin. Pour ceux restés le plus longtemps, cela représente 14 semaines sans retour dans le milieu familial ! On peut imaginer ce que cela représente dans la tête d'un enfant de ces âges et qui ne comprend pas forcément tous les tenants et aboutissants de la situation, même si on leur a expliqué au mieux. Cela a été très difficile pour eux, même si nous avons augmenté la fréquence des appels téléphoniques, mis en place des systèmes de vidéo entre le jeune et sa famille... Tout cela ne remplace pas le contact physique. « Il y a eu beaucoup de tension au début. Puis au fil des jours, ils se sont soudés. Ils ont formé un groupe qui a traversé les difficultés pour se révéler plus uni que lors d'une période traditionnelle. J'ai vu des jeunes assez “négatifs” auparavant se transformer en leaders positifs. Nous avions mis en place des procédures pour des visites des familles mais nous n'avons pas été au bout puisque la Ministre compétente a alors décidé, la première quinzaine de juin, que les jeunes pouvaient rentrer dans leur milieu familial. »

La seconde vague: « Nous n'avions plus de maitrise sur le risque de contamination »

« Le contexte est devenu différent de la première puisqu'il n'y avait plus de confinement et que les allers-retours famille-service étaient autorisés. Par contre, nous n'avions plus de maitrise sur le risque de contamination alors que nous l'avions lors de la première vague. C'est une grosse différence : on se dit que, du jour au lendemain, on peut avoir un cluster dans le service. Et c'est tout aussi vrai pour les enfants que pour notre personnel même si celui-ci prend un maximum de mesures. Nous prenions par exemple la température des enfants tous les jours. Avant les vacances d'automne nous avons eu des cas de Covid à l'école spécialisée de Musson. Nous avons été prévenus par la médecine scolaire que des enfants scolarisés dans cette école étaient à haut risque. C'est ainsi que 2 des 9 enfants sont retournés en famille et les 7 autres isolés.Les enfants isolés ont vécu dans un espace dédié avec un circuit spécifique pour les repas et le linge jusqu'au moment où ils ont été testés par notre médecin de tutelle et que nous ayons obtenu le résultat de leur test. C'était le premier problème sérieux rencontré. Mais nous l'avons géré en déménageant notamment les chambres de certains enfants, ce qui se révèle lourd au niveau organisationnel. A la mi-novembre, un de nos éducateurs a été Covid positif. La grosse machine s'est mise en route au niveau du tracing avec l'aide du SIPP. Nous avons procédé à des tests pour la douzaine d'enfants en contact avec l'éducateur concerné. Au niveau des adultes, tous les membres de l'équipe éducative et trois du secrétariat ont été testés dans l'urgence. Ainsi que trois éducateurs en contact rapproché ave l'éducateur mis en quarantaine. Les résultats sont heureusement révélés négatifs pour tous, enfants comme adultes. Cela a néanmoins demandé deux jours et demi de travail pour tout mettre en place... Aujourd'hui? Mon ressenti est qu'il faut rester très attentif. Dès que les écoles réouvrent et que les jeunes retournent dans leur milieu, nous risquons beaucoup d'être encore face à des clusters dans nos services. A nous d'être attentifs à prendre les mesures d'isolement et de testing le plus rapidement possible. Ma crainte, c'est qu'en cas de problème, j'aurai besoin d'éducateurs de remplacement puisque nous ne pouvons pas nous arrêter. J'ai aussi le sentiment que lors de la première vague, on se sentait épargnés parce qu'en milieu rural et loin des grandes villes plus touchées. Mais dans la deuxième vague, c'était autour de nous, ce que nous n'avions pas, ou peu, vécu lors de la première. Il n'en reste pas moins vrai que cette crise sanitaire nous a demandé, et nous demande encore, une débauche d'énergie considérable. Certains jours, je ne travaille que dans ce cadre-là. Mais il nous faut rester optimiste de façon globale. L'hiver sera certainement un cap difficile à passer. Le printemps et les vaccins devraient nous permettre de voir le bout du tunnel. Pour les jeunes, c'est difficile à vivre parce qu'ils ne comprennent pas tout. Au niveau de notre équipe pluridisciplinaire, j'ai constaté beaucoup de solidarité. Tout le monde voulait s'impliquer et aider les autres. Plusieurs ont élargi leurs tâches habituelles pour soulager leurs collègues. Ceci dit, la pression sur le personnel reste très lourde. Il serait bon qu'elle se relâche. Comme le personnel soignant, notre personnel est fatigué par cette crise... ».